ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE DES MARONITES EN TERRE SAINTE:
HIER ET AUJOURD'HUI

Par Père Louis Wehbé O.C.S.O.
Monastère de Latroun, Terre Sainte

    I. Introduction

  1. Les premiers contacts Maronites avec la Terre Sainte remonteraient au temps même de saint Maron, quand deux de ses disciples, des femmes ascètes, Marana et Kyra, "prises un jour du désir de contempler les lieux sanctifiés par les souffrances salvatrices du Christ, coururent vers Ælia (Jérusalem) sans rien manger toute la route. Mais une fois arrivées dans la Ville et leurs vœux accomplis, elles prirent de la nourriture puis refirent à jeûne tout le voyage de retour, ce qui ne faisait pas moins de vingt journées de marche", écrit Théodoret de Cyr. (Migne 1982: 1418, 1431).

  2. Nous n'avons pas de documents appuyant la thèse d'une présence quelque peu stable, des Maronites en Terre Sainte, avant les temps des Croisades. En effet, On ne saurait accorder un crédit quelconque au soi-disant décret d'Omar, de 638, lequel mentionne les Maronites, car ce texte, œuvre du grec-hellène Grégoire, ne date que de 1625. (Golubovich 1923: 109-110; Sayegh 1971: 22-23) Les colonies Maronites se fondèrent dans plusieurs villes de la Terre Sainte; Quelques-unes parvinrent à un degré de développement et de prospérité qu'elles conservent encore, d'autres, suite à des évènements politiques, s'affaiblirent ou disparurent complètement.

The Maronite Church of Kfar Bar'am before its destruction
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II. Du Temps Des Croisades

  1. Quand le roi Godefroy envoya porter à Rome la nouvelle de la prise de Jérusalem, des Maronites s'étaient joints à ses ambassadeurs, pour représenter le Patriarche Joseph al-Gergéssi. (Arce 1973: 261)

  2. Des milliers de Maronites s'engagèrent dans l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean à Jérusalem, Acre, Chypre... Dans la hiérarchie sociale que les autorités franques établirent en Terre Sainte, "les Maronites venaient immédiatement après les Francs, avant les Jacobites, les Arméniens, les Grecs, les Nestoriens et les Abyssins. Ils furent du reste admis dans la bourgeoisie franque et partagèrent les privilèges civils et juridiques des bourgeois latins." (Ristelhueber 1925: 58).

  3. En 1179, après la fin du schisme issu de la double élection papale d'Alexandre III et de Victor IV, le Patriarche latin d'Antioche, Amaury de Limoges, reçut l'obédience des Francs d'Orient envers Alexandre; Les maronites de Jérusalem prêtèrent le même serment de fidélité. (Daou 1977: 171).

  4. Quand en 1310 les Chevaliers de Saint-Jean conquirent Rhodes, ils étaient accompagnés d'une force armée composée de Maronites de Jérusalem. (Daou 1977: 171; Douaihi 1890:126).

  5. Vers 1320, l'historien arménien Aitoun notait qu'à Jérusalem les Maronites formaient une des plus importantes colonies chrétiennes. (Aref 1951: 149-150).

III. Maronites et Franciscains

  1. A partir du 14e siècle, l'histoire des Maronites en Terre Sainte est intimement liée à la présence des Franciscains dans ce pays. Ce fut généralement une relation de collaboration très étroite, nourrie d'estime et de confiance réciproques.

  2. Ceci est immanquablement relaté dans les récits des voyages des différents pèlerins de Terre Sainte. Ainsi Ludolf de Sudheim, pèlerin de 1336 à 1341, note avoir assisté à beaucoup de consécrations d'évêques Maronites, faites par des archevêques latins (De Sudheim 1851: 37 and 102; Arce, 1973: 150). Les Maronites furent en quelque sorte assimilés aux Francs, célébrant leurs cérémonies dans leurs églises, sur leurs autels et avec leurs vêtements. (Arce 1973: 260)

  3. Il semble que les premiers contacts des Maronites avec les fils de Saint François eurent lieu en 1246, quand Innocent IV leur envoya comme visiteur, ainsi qu'aux autres orientaux, Lorenzo da Orte. (Anaissi 1911: 9)

  4. Avec l'établissement des Frères Mineurs à Jérusalem en 1333, les relations des Maronites de Terre Sainte avec eux devinrent permanentes. Aux grandes fêtes de Noël et de Pâques, de nombreux Maronites affluaient à Jérusalem, les fils de Saint François les recevaient avec beaucoup de charité, facilitant leur séjour à Jérusalem et Bethléem. (Arce 1973:185) Les Maronites, sûrs de cette confiance, prenaient part à tous les actes de culte dans les divers sanctuaires. Le Gardien du Mont Sion baptisait leurs nouveau-nés, et quand quelqu'un des leurs mourait à Jérusalem, il était enterré dans le cimetière des religieux, car, note en 1518 le Franciscain hongrois Gabriel de Pécsvàrad, "ils sont des chrétiens, des véritables et des fidèles" (sunt veri et fideles christiani). (Arce 1973: 185)

  5. Les historiens Maronites ne manquent jamais de relever la générosité des souverains de Naples envers les Maronites de Terre Sainte. (Lammens 1899: 68-104; Arce 1973: 261) De ce fait, les deux personnalités princières chrétiennes, Robert, Comte d'Anjou et de Provence (+1343), et son épouse Sanche (+1345), en faisant de grandes largesses aux Franciscains du Mont Sion, n'oublièrent pas les Maronites. Sanche, ayant acheté à Jérusalem, pour 80000 dinars versés au sultan d'Égypte Mâlek el-Nâsser Mohammad, l'église de la Résurrection, le tombeau de la Vierge, le Mont des Oliviers et le sanctuaire de Bethléem, donna aux Maronites la grotte de la Croix et quatre autels dans d'autres sanctuaires de la Ville Sainte. Elle fit ajouter une confirmation pontificale de tous leurs privilèges. Les Maronites, de leur part, tinrent une réunion à Jérusalem où ils s'engagèrent à rester fermement unis à la communion romaine. (Douaihi 1890: 441; Massad 1863: 157; Daou 1977: 169-171; Aref 1951: 148)

  6. Les relations de collaboration entre les Franciscains de Terre Sainte et les Maronites commencèrent dans la première moitié du 15e siècle, alors que la Syrie et la Palestine se trouvaient sous la domination des sultans Mamelouks d'Egypte, de la dynastie des Bürgies. Ces relations prirent avec le temps, plus d'intensité et de régularité. (Arce 1973: 151) Des Maronites servaient d'interprètes et habitaient avec les Franciscains au couvent du Mont Sion. D'autres prenaient régulièrement part active à toutes les célébrations dans les différents sanctuaires. Ainsi, en 1682, au couvent franciscain de Nazareth, deux interprètes Maronites du Mont Liban, Michel et Gabriel, étaient employés à cet effet. (Arce 1973: 301)

  7. En 1438, les Maronites de Jérusalem et des environs envoyèrent à Eugène IV une lettre qui fut lue au concile de Florence. Le Pape leur répondit le 7 juin 1439, par une lettre confiée à Fra Albert de Sarteano, leur faisant part de sa grande joie d'avoir constaté un rapprochement entre plusieurs églises orientales et le Siège de Pierre. (Version Arabe dans Douaihi 1890: 393-395 et version redigée dans Debs 1978: 172-173; version Française dans Moubarac 1984: 491-492).

  8. Parmi les Franciscains de Terre Sainte qui rendirent des services aux Maronites, au XVe siècle, il faut mentionner au premier plan, le Flamand Frère Gryphon (Grifon van Kortrijk, 1400-1475) (Lammens 1899: 68-104). Arrivé à Jérusalem en 1443, il fut envoyé en 1450 travailler auprès des Maronites du Liban jusqu'à sa mort en 1475. Citons aussi l'Espagnol Francisco Sagarra de Barcelone, à la même époque; (Arce 1973: 191); Alessandro Ariosto, commissaire apostolique de 1475 à 1480 (Arce 1973: 238-245); Francesco Suriano (1445-c.1530) qui fut gardien du Mont Sion de 1493 à 1495 et de 1512 à 1514. Quant à son compagnon Francesco de Potenza, il revint après sa mission, avec deux ambassadeurs Maronites munis de documents les accréditant comme représentants du Patriarche d'Antioche, du muqaddam et de tout le clergé et le peuple Maronite. Ces deux ambassadeurs étaient Khouri Youssef et le moine Elias. (Arce 1973: 253).

  9. Grâce à Frère Gryphon, trois jeunes Maronites devinrent Franciscains et firent profession au couvent du Mont Sion: Hanna (Jean), Gibrâel (Gabriel) et Francis (François). Ils furent les premiers Maronites envoyés en Occident pour y poursuivre leurs études, à Venise d'abord, puis à Rome. Hanna devint plus tard évêque de `Aqoura et mourut en 1494, durant le mandat au Mont Sion de Francesco Suriano. Gibrâel ibn al-Qilâ'i (1450-1516) termina sa vie comme évêque de Nicosie en Chypre. Francis a conservé le statut d'un simple religieux. Francesco Suriano les eut sous son autorité au Mont Sion, il leur écrivît en 1514 pour leur rendre un vibrant témoignage. (Arce 1973: 233)

  10. La conquête de Jérusalem par Salim I, le 2 février 1516, ouvrit une ère de difficultés pour les Franciscains de Terre Sainte. Les Maronites maintinrent leur présence et leur collaboration étroite avec eux. Ainsi, quatre Maronites servaient de drogmans pour les frères. (Hobeika 1945: 72)

  11. Outre les droits et privilèges dont jouissaient les fidèles maronites, notamment au Mont Sion, ils possédaient l'église Saint Georges el-Khader. (Douaihi 1890: 493; Chebli 1970: 127-135) En 1548, le drogman Maronite du Mont Sion, Ya'coub ben Hanna el-Ehdeni (connu sous le nom de Ibn el-Kassâr), acheta une propriété dans le quartier chrétien, près de l'église Saint Georges, à l'endroit dit "Rahbéh". (Chebli 1970: 128-129).

  12. En avril 1550, le Sultan Soliman II ordonne, par décret, l'expulsion immédiate des Franciscains du Mont Sion. Au début de 1551, les Franciscains sont expulsés. Ils se retirent provisoirement, un peu plus loin, dans un petit logement dit "le Four", et y restent huit ans, jusqu'à leur transfert dans la Vieille Ville en 1559, dans l'ancien couvent des Géorgiens, devenu depuis le couvent Saint-Sauveur. (Briand 1973: 93). Ils se trouvent ainsi dans le voisinage de la maison de Ibn el-Kassâr. (Chebli 1970: 129; Khoury 1959: 245 and 267; Douaihi 1890: 463)

  13. En 1561, la chute d'un individu dans le puits de l'église Maronite de Saint Georges, produisit une frayeur chez les clercs Maronites qui prirent la fuite. Des coptes, profitant de la circonstance, payèrent l'amende réclamée et mirent la main sur l'église. Le Patriarche Maronite Moussa al-`Akkari (1524-1567), ému, se munit d'une somme d'argent et de plusieurs décrets (datés de 1564) de la part du sultan Soliman et du gouverneur de Damas, le tout étant destiné au Cadi (juge) de Jérusalem. Il se présenta dans la Ville Sainte pour recouvrer ses droits. Le Père Gardien Boniface de Raguse (+1584) l'en dissuada, et s'engagea à donner toute liberté au clergé Maronite, de célébrer les cérémonies à Saint-Sauveur, avec leurs fidèles; Il ajouta même que si un jour, les Franciscains venaient encore à être expulsés, l'église de Saint-Sauveur resterait aux mains des Maronites. Le Patriarche se laissa convaincre et, avec l'argent, acheta une grande maison pour sa congrégation. L'église Saint-Georges était à jamais perdue pour les Maronites. (Douaihi 1890: 463, Debs 1978: 183-187; Chebli 1970: 129) Ajoutons que durant la même visite, le Patriarche Moussa étudia avec le Père Gardien la possibilité d'envoyer des Franciscains au Liban, pour y enseigner les sciences sacrées. (Dagher 1957: 46).

  14. Lorsqu'en novembre 1581, le Père Eliano, jésuite, envoyé pontifical au Liban, visita les Maronites de Jérusalem, il constata qu'ils étaient en petit nombre.

  15. La propriété acquise en 1548 par le drogman Ibn el-Kassâr, fut agrandie en 1598 par son fils Youhanna qui acheta les maisons de Ibn el-Azzi près de l'église Saint Georges, face à Khân el-Aqbât. Ce bâtiment fut plus tard désigné dans les papiers administratifs par le terme "Hârat al-Mawârinah" (Le Quartier des Maronites). (Chebli 1970: 129)

         A. Au temps du Patriarche Jean Makhlouf (1608-1633), deux prêtres d'Ehden (Liban nord), Elias ibn el-Haj Hanna Sarâssira et Youhanna ben Issa, munis d'une lettre du Patriarche, recueillirent des fonds; En 1622, le Père Elias et son cousin le Père Antonios ben Ibrahim achetèrent à Jérusalem, dans le quartier chrétien, le bâtiment de "dâr el-Azzi", moyennant la somme de 500 piastres versés aux trois fils de Hanna ibn el-Kassâr. Cet immeuble comprenait sept appartements dont cinq au rez-de-chaussée. (Chebli 1970: 128) Par la suite, le Père Elias, devenu évêque, vint à Jérusalem et acheta à un syriaque (Ibn ar-Râhibah) une cour, moyennant la somme de 120 piastres. Il y fit faire des restaurations et décida que chaque année, une offrande serait faite au Saint Sépulcre, des biens de cette fondation pieuse. C'était en 1647. (Chebli 1970: 128-129).

         B. Outre les Maronites qui vivaient en permanence en Terre Sainte, d'autres venaient en grand nombre, à l'occasion des grandes fêtes. Leur présence était remarquée par les pèlerins. Boniface de Raguse, Gardien du Mont Sion, note que pour la solennité du dimanche des Rameaux, "tous les prélats du Mont Liban se rassemblent, à savoir le Patriarche d'Antioche qui habite dans le même Mont Liban, au monastère de Sainte Marie de Qannoubine, l'Archevêque qu'on appelle Moutrân, et la multitude des Evêques, moines, prêtres et diacres; Avec les chrétiens des autres nations, ils louent le Très-Haut, chacun dans sa langue". (Ragusinus 1875: 28-29)

  16. Entre les Maronites et les fils du Poverello, il existait une affinité frappante. Le Père Théophile Nola allait jusqu'à écrire à Clément X, le 3 mars 1673: "Nous ne connaissons aucune nation comme la nation Maronite, notre sœur dans la foi, partageant notre obéissance et collaborant à notre travail."

  17. Du 18e Au 20e Siècle

    IV. Du 18e Au 20e Siècle

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  1. Des historiens, cependant, nient que les Maronites aient possédé un lieu quelconque au Saint Sépulcre ou aient habité d'une manière stable à Jérusalem. Deshaye, ambassadeur de Louis XIII, dans son ouvrage sur son voyage aux Lieux Saints en 1621, "énumère la nation Maronite parmi les communautés qui avaient des oratoires au Saint-Sépulcre." (Moubarac 1984: 257) Le Patriarche Etienne Douaihi célébra deux ordinations dans la grotte de la Croix: Celle de Daoud ben-Bechara al-Qoudsi, le 10 juillet 1695, et celle du Jérosolymitain Maronite Thomas de Hasroun, le 18 mars 1700. A son retour, le 20 avril 1700, il fit don d'un calice, d'une patène et d'un corporal, pour les prêtres Maronites de Jérusalem. (Chebli 1970: 38 and 130). Ce père Thomas devait rester à Jérusalem au service de ses coreligionnaires.

  1. La confiance totale, le respect et la compréhension dont étaient empreintes les relations entre Franciscains et Maronites de Terre Sainte, subirent quelques pénibles épreuves, notamment à la seconde moitié du 17e siècle. Elles résultèrent des campagnes de latinisation menées par certains responsables Franciscains (par exemple les Pères Baldassare Caldera et Francesco da Santo Floro), à l'égard des Maronites de Jérusalem, Bethléem, Acre, etc. Ils interdisaient à ces derniers la pratique de leurs propres usages ecclésiastiques (l'encens, l'abstinence de mercredi, etc.). Ils leur demandaient de vouer leur obéissance au Père Gardien, à l'exclusion de leur Patriarche... Le 6 avril 1687, ils obtinrent du Cadi de Jérusalem l'ordre autorisant les chrétiens de quelque rite que ce soit, à embrasser sans crainte le rite catholique qui leur plairait. (Douaihi 1890: 459-460; Chebli 1970: 131-132) Les Franciscains, armés de cet édit, "offrirent aux Maronites et aux Grecs qui voudraient suivre le rite latin, de leur administrer gratuitement les sacrements de l'Eglise et de leur procurer des postes d'interprètes dans les consulats et d'autres emplois lucratifs." (Moubarac 1984: 256)

  2. Le tout se termina pour le mieux fin mars 1700, avec le Père Gardien Stefano da Napoli (nommé en 1699), lequel accepta les conditions du Patriarche Douaihi, à savoir : Tous les Maronites relèvent de l'autorité de leur Patriarche d'Antioche; La communauté Maronite de Jérusalem est servie par deux prêtres; Ces derniers célèbrent la messe, avec de l'encens, dans toutes les églises franciscaines; Ils gardent leurs coutumes quant aux jeûnes et fêtes. Les Franciscains s'engageaient en outre à bien accueillir dans l'avenir, en tout honneur, tout pèlerin Maronite visitant les Lieux saints (engagement toujours en vigueur). De son côté, le Patriarche Douaihi délégua au Père Gardien le pouvoir de dispenser les fidèles maronites de certains empêchements au mariage. L'accord fut signé le 31 mars 1700.

  3. Sous le même Patriarche Douaihi, le Père Bonaventure, Maronite de Jérusalem, édifia en 1771, à Nazareth, une église pour les fidèles de sa communauté. Mais depuis longtemps, le nombre des Maronites en Terre Sainte s'amenuisait, surtout du fait de leur passage au rite latin, phénomène qui devait se prolonger jusqu'à nos jours.

         A. Le Congrès Eucharistique international, tenu à Jérusalem en 1893, fut l'occasion tant rêvée par la communauté Maronite de la Ville Sainte, pour harceler de leurs sollicitations la délégation Maronite audit Congrès, composée de quinze personnalités, dont cinq prestigieux évêques : Elias Howayek (futur patriarche), Joseph Debs (Beyrouth), Estephane Aouad (Tripoli), Youhanna Mourad (Baalbek) et Nemtallah Silouane. Leurs appels furent entendus, et l'un des congressistes, Monseigneur Elias Howayek, revint en 1895, acheta à Jérusalem un ancien hôpital allemand avec son terrain, appartenant au consul d'Allemagne Von Tischendorf, au prix de 64000 francs or et y aménagea une chapelle qu'il inaugura par une messe pontificale le 5 mai 1895. (Harfouche 1934: 215-217)

         B. Pour faire face aux dépenses, le Patriarche Jean Hajj adressa une lettre pastorale au clergé et à tout le peuple Maronite. Il y disait notamment: "… Cette maison se trouve dans la Ville Sainte même. Située sur le Mont Sion, elle regarde d'un côté, l'église de la Résurrection, et de l'autre, la porte el-Kahlil. Elle comprend plusieurs appartements d'une grandeur recommandable, dont un qui a été converti en chapelle et les autres affectés à l'usage des pèlerins de la nation. Nous lui avons donné le nom de Vicariat patriarcal Maronite en Terre Sainte et en avons confié le soin à un de nos prêtres, en même temps que l'administration des Maronites. Quant aux frais qu'elle (la maison) nous a coûté, nous comptons, pour y faire face, sur les offrandes des séculiers et réguliers de la nation. Déjà, nous avons puisé dans nos propres fonds, la somme de 4.000 francs; Chacun de nos frères les archevêques a également versé la somme de 2.000 francs; Nous imposerons aussi aux monastères et aux autres établissements religieux, une contribution qui sera diversement réglée, tout compte tenu de leurs états respectifs… Considérant cet état des choses, il nous a paru nécessaire de faire appel à votre générosité et à votre noblesse d'âme, vous priant de nous aider…" (Baslm Bulletin, No. 68, October 1895: 81-84; Moubarac II 1984: 263-265).

  4. Monseigneur Howayek retourna le 13 mai 1985 au Liban, où il devait, en 1899, occuper le siège patriarcal jusqu'en 1931. A Jérusalem, la petite communauté Maronite reprenait vie autour de ce Vicariat Patriarcal.

  5. Voici la liste des titulaires du Vicariat Patriarcal Maronite de Jérusalem, depuis sa création en 1895:

      1. Youssef Mouallem : 1895-1896. Il partit pour l'Amérique.
      2. Estephane Hobeish : 1896-1897.
      3. Boulos 'Aweiss : 1897-1898.
      4. Khairallah Estephane : 1898-1901.
      5. Youssef Mouallem : 1901-1911 pour la 2e fois.
      6. Gerges Doumit : 1911-1928. Après sa démission, il se fit moine.
      7. Boulos 'Aweiss : 1929-1934 pour la 2e fois. Mort au cours de son homélie; Enterré au Mont Sion.
      8. Boulos Eid : 1934-1938.
      9. Youssef Ghanem : 1939-1941. Le 12.4.1939, un décret patriarcal le nomma Vicaire intérimaire. Le 8.9.1939, une lettre du patriarche le démit de ses fonctions à cause de graves troubles dont il fut la cause. Jusqu'en 1950, le Vicariat n'eut plus de titulaire proprement dit et la communauté Maronite de Jérusalem était abandonnée. Ainsi, entre le 23 septembre 1940 et le 4 juin 1950, il y eut un seul baptême, prononcé le 25 octobre 1945 par un prêtre délégué. Un prêtre de Jaffa ou de Haifa remplissait nominalement la charge (Boulos Méouchi, Francis Moubarac).
      10. Boulos Méouchi : 1941-1945. Moine baladite, responsable du couvent de Jaffa. Le 25 septembre 1941, un décret patriarcal le nomma président du tribunal de première instance à Jaffa.
      11. Francis Moubarac : 1945-1949.
      12. Elias Ziadé : 1949-1975. Le nombre des fidèles était de 800 à la veille de la guerre de 1948. La tourmente d'alors le fit chuter à environ 60. Le 11 juillet 1949, un décret patriarcal nomma Elias Ziadé comme Vicaire à Jérusalem. Un autre décret (du 11 août) étendit cette fonction à la Transjordanie. Le chorévêque Elias Ziadé resta en charge jusqu'à sa mort, le 23 avril 1975. En 1949 également, était nommé le premier "moukhtar" de la communauté, en la personne de Monsieur Michel Eddé. Le 15 juin 1958, le gouvernement jordanien reconnut officiellement l'Eglise maronite. Le 15 mai 1964, le Patriarche Méouchi confia à Mgr Elias Ziadé la charge de curé des Maronites de Jordanie. Une société de bienfaisance dirigée par huit membres fut mise sur pied et reconnue par le ministère jordanien de l'Intérieur, le 28 juillet 1964.
      13. Augustin Harfouche : 1975-1996.

    V. Évolution Contemporaine

    34. Les événements graves qui n'ont cessé de secouer Jérusalem, n'ont certainement pas épargné les Maronites. Les bâtiments du Vicariat étaient délabrés, leur restauration fut entreprise et menée rapidement à terme par Monseigneur Augustin Harfouche. Moine de l'Ordre Libanais Maronite, responsable du couvent de Jaffa (depuis le 19 août 1974) et Vicaire épiscopal en Israël, il fut aussi nommé Vicaire patriarcal à Jérusalem, par décret patriarcal n° 59/75 daté du 12 mai 1975. Il entreprit, en 1976, la restauration des bâtiments du vicariat, délaissés dans un état déplorable. Il fit évacuer les 20 locataires. Il restaura les bâtiments dont une partie était mise à la disposition des pèlerins "Foyer Mar Maroun") et une autre réservée au vicariat (désormais appelé exarchat), avec une salle polyvalente présentant un espace de rencontre. En 1981, il fit venir du Liban des Sœurs pour y assurer les services. L'inauguration

Archbishop Paul Sayah after his ordination as Archbishop of Haifa and the Holy Land
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    des nouveaux bâtiments eut lieu le 26 février 1978. En effet, Jérusalem ne fut pas la seule et unique préoccupation du Père A. Harfouche. Le 12 janvier 1981, il acheta à Bethléem, à Wadi Ma'ali (à 170 m de l'église de la Nativité) une maison, pour une somme de 40.000 dinars jordaniens et il la transforma en "Foyer Mar Charbel". Ce fut à la fois un espace de culte et d'accueil des pèlerins.

  1. En 1996, une nouvelle page devait s'ouvrir pour le Vicariat de Jérusalem, avec la prise des fonctions de Vicaire patriarcal par Mgr Paul Sayah, nommé récemment archevêque maronite de Haifa et de Terre Sainte.

  2. La communauté des fidèles Maronites de Jérusalem qui ne sont pas passés au rite latin, comprend 45 familles. Depuis 1950, l'autorité du Vicaire patriarcal s'est étendue à l'ensemble du territoire de la Jordanie (en 1974, on comptait 75 familles à Amman et à Zarka).

         A. Les épisodes tragiques de la guerre du Liban (1975-1990) ont fait augmenter le nombre des familles Maronites en Jordanie. A l'heure qu'il est, Il n'existe pas de statistiques les concernant, mais on estime leur nombre à 145 (dont environ 110 à Amman et une quinzaine à Zarka), soit environ 1000 fidèles. Le Roi Hussein leur a offert 4 dunams pour la construction d'une église et d'un centre paroissial.

         B. Le Patriarche Maronite Sa Béatitude Mgr Nasrallah Sfeir en a béni la première pierre en octobre 1998.

VI. Les Maronites De Terre Sainte En Dehors De Jérusalem
  1. La présence des Maronites en Terre Sainte ne s'est pas limitée aux confins des Lieux Saints à Jérusalem. Jusqu'à très récemment, ceux parmi eux qui vivaient dans l'état d'Israël, relevaient encore de l'autorité du diocèse de Tyr dont la délimitation n'a pas varié, depuis sa fixation par le Saint-Siège le 26 février 1906. La décision pontificale précisait que du côté du Midi, le diocèse s'étendait jusqu'aux confins de la Palestine, le séparant de l'Arabie; De l'Est, il était limité par le Jourdain, du côté du lac de Houlé, jusqu'à la Mer Morte; De l'Ouest, il était limité par la Méditerranée, du côté de Sidon. Par la suite, il s'avère qu'une nouvelle page s'est ouverte en 1996.

          A. JAFFA

  2. Le chapitre premier de l'histoire de cette présence Maronite, semble remonter dans le temps jusqu'en 1099, avec l'arrivée des Croisés. (Azar manuscript) Une ère de stabilité durable commença alors sous les Ottomans, vers 1559. Mais cette présence ne revêtait à l'époque qu'un caractère individuel et quelque peu épars. Elle ne s'était organisée qu'au cours du 18e siècle, et plus probablement vers l'an 1800, avec l'affluence de plusieurs familles libanaises (de Bkassine, Saida, Gebail, Bikfaya, etc). Pour leurs besoins spirituels, ces Maronites s'adressaient aux prêtres latins, surtout qu'ils ne disposaient pas encore d'une église ou d'un couvent. Cette situation devait perdurer jusqu'en 1855, quand deux moines de l'Ordre Libanais Maronite, les Pères Abdel Ahad Matta et Libaos Karam, fondèrent un couvent et une église dans la vieille ville, près du port. En 1895, et grâce à la générosité de Madame Berna, le prêtre Antonios Shbeir Ghostaoui fit construire, sur une superficie de 1600 m2, une église et un nouveau couvent; De nos jours, ils continuent de servir de centre de vie spirituelle pour toute la communauté (22, rue Hadolfin). Plus tard, entre 1901 et 1920, l'église fut démolie afin d'être remplacée par un autre édifice religieux encore plus prestigieux. C'est au cours d'une grande cérémonie que la première pierre y fut posée, le 28.2.1904. (Baslm, July 1904: 489-491) Aujourd'hui, l'église y est encore. De même, l'Ordre Libanais Maronite possède une propriété à Jaffa, gérée par un moine délégué à cet effet. La communauté Maronite de la ville ne cessa de prospérer, jusqu'à compter quelques 600 âmes au début du 20e siècle, et 800 âmes en 1948 (à titre d'exemple, les familles Tyân, Barakât, Safadi, Hajj, Akiki, Maâdi, Hannouche, Jebji etc). Plusieurs membres de ces familles occupaient des postes importants dans l'administration. Mais suite à la guerre de 1948, beaucoup parmi eux émigrèrent, soit au Liban, soit à l'étranger. Le nombre de ceux qui y restent toujours, n'excède plus la soixantaine.

  3. La liste suivante comprend les noms des moines responsables des Maronites de Jaffa : Pères Abdel Ahad Matta et Libaos Karam (1855-1875); Frère Marcos Roufael (1875-1895); Frère Antonios Shbeir (1895-1901); Frère Boulos Abboud (1901-1920); Frère Moubarac Tabet (1920-1932); Frère Boutros Francis Ghanem (1923-1930); Frère Moubarac Abou Sleiman (1930-1933); Frère Maroun Abi Karam (1933-1938); Frère Francis Ghanem (1938); Frère Boulos Meouchi (1938-1942) qui pour quelque temps, porta aussi le titre de Vicaire patriarcal de Jérusalem; Frère Athanasios Matar (1942-1945); Frère Youhanna Eid (1945-1947); Frère Abdel Ahad Chahine (1947-1957); Frère Yaacoub Raad (1957-1974); Frère Augustin Harfouche (1974-1996); Frère Elias Andari (1996-1998); Frère Jean Maroun Moughames (1998-present). (Akiki 1988: 47-55)

          B. NAZARETH

  4. La fin du 13e siècle vît les Croisés perdre leur guerre, Nazareth fut alors vidée de ses habitants chrétiens qui furent remplacés par des musulmans. La plupart des chrétiens de l'actuel Nazareth sont originaires du Liban (Maronites et latins) et du Hauran (grecs orthodoxes et catholiques). (Assad 1924: 205) En 1620, Les Franciscains y "obtinrent de l'Emir Fakher-ed-Dine, Prince du Liban, dont l'autorité s'étendait jusquà cette localité, la permission de prendre possession de la grotte de l'Annonciation. Ils commencèrent à bâtir l'église actuelle et le couvent qui fut élargi et restauré en 1730." En même temps, plusieurs familles du Liban vinrent s'établir dans la ville. Le Patriarche leur envoya Benyammine al-Hednâni (de Ehden), ancien élève du Collège Maronite de Rome. Prêtre marié, père de trois fils (Gabriel, Michel et Louis), il devint drogman des Franciscains; Toute sa famille l'a suivi et s'est installée à Nazareth y formant ainsi le premier noyau de la présence latine dans cette ville. (Assad 1924: 45 and 176) Il faut noter qu'avant l'arrivée des Croisés, il n'y avait pas de présence latine en Orient où tous les chrétiens étaient des orientaux. Les Latins qui y arrivaient comme pèlerins, retournaient dans leurs pays, aussitôt leur pèlerinage terminé. On entend parler d'eux et de leur hiérarchie en Orient, et particulièrement à Jérusalem, après la prise de la Ville Sainte par Godefroy de Bouillon. Les Latins d'Orient étaient des chrétiens orientaux. Le supérieur des Franciscains, Père Guardiano, "et moyennant un certain tribut qu'il payait au pacha d'Acre, jouissait du titre et de l'autorité de cheikh; Toute la ville était soumise à son pouvoir judiciaire et c'était lui qui résolvait les différends. Imitant la politique de leurs confrères de Jérusalem, les religieux employèrent cette influence afin d'augmenter le nombre de leurs fidéles." (Moubarac, 1984 : 258) En 1698 le Patriarche maronite y envoya un évêque pour collecter des dîmes; ils ne se laissèrent pas faire et en appelèrent à Rome par une lettre du 1er mai 1698. (texte dans Assad 1924: 255-256). Suite à ce désaccord entre l'envoyé du patriarche et les maronites de Nazareth, ces derniers se déclarèrent du rite latin.

  5. En 1768, une autre note de discorde opposa le drogman Youssef Geries Shamma aux Franciscains qui voulaient empêcher un prêtre maronite de célébrer la messe dans l'église du couvent. Shamma et quelques fidèles décidèrent de réintégrer la juridiction maronite. Un d'entre eux partit en 1769 au Liban et obtint du Patriarche Youssef Estéphane la nomination d'un prêtre à la tête de leur communauté, en la personne d'un dénommé Louis, originaire de Qaïtoula. Sur le chemin du retour, le prêtre et l'émissaire laïc, tous deux passant par Acre, obtinrent de l'effendi de cette ville, cheikh Zâher al-Omar, un décret daté de 1770 et autorisant les Maronites de Nazareth à avoir leur propre prêtre. Dans ce décret, Zäher al-Omar dît explicitement : "Nous autorisons nos chers chrétiens Maronites de Nazareth de faire venir un prêtre de leur confession et qu'il ait sa résidence chez eux, qu'il leur construise une église et qu'il s'occupe de leurs affaires religieuses afin que leur situation soit stable autant que possible. Nous leur avons remis ce document, et le prêtre qui s'établira chez eux ne trouvera auprès de nous que bienveillance." On construisit une église sous le vocable de St-Antoine. Elle fut inaugurée en 1774 et honorée de deux bulles papales, l'une en 1786 et l'autre en 1868. (Mansour 1924: 62-63 and 176)

  6. En 1853, les Maronites de Nazareth étaient au nombre de 220. Actuellement, ils sont au nombre de 1050. (Rorberts and Peña 1984: 216-222) Il est à signaler que ces dernières années, la chorale de la paroisse a remporté plusieurs prix israéliens pour ses chants religieux.

         C. HAIFA

  7. A Haifa se trouve la paroisse Maronite la plus nombreuse, avec environ 2400 fidèles. Le baptême d'un Maronite le plus ancien jamais célébré à Haifa, figure au registre des baptêmes des Pères Carmes et date de 1840. (Harfouche 1907: 823). L'église sous le vocable de Saint Louis-Roi, fut l'œuvre des deux frères Ibrahim et Salim Nasrallah Khoury. Les travaux commençèrent le 11 décembre 1883; les fondations furent posées le 12 janvier 1884 et l'exécution fut confiée au melkite Râji al-Qashqoush, de Haifa. Ils furent interrompus le 24 août 1885, repris en août 1887 et terminés en novembre 1889. Le 21 février 1890, l'archevêque de Tyr et Saida, Mgr Pierre Boustani, s'y présenta accompagné du premier titulaire de la paroisse, le prêtre Boulos ben Antoun Kassab, un Libanais de Zouk Mikael. Dimanche, le 23 février, au cours d'une liturgie eucharistique pontificale, l'archevêque procéda à la consécration de l'église en la présence de nombreux fidèles; L'autel et le baptistère furent consacrés dans l'après-midi du jeudi suivant, le 27 février 1890. Ultérieurement, lors de la visite pastorale de Mgr Choukrallah Khoury le 8 juillet 1906, le nombre des fidèles Maronites était de 700. (Harfouche 1907: 823).

         D. AKKA

  8. La ville porta différents noms : Ptolémaïs (3ème siècle av. JC), Acre, Acco ou Saint Jean d'Acre. Elle abritait le siège épiscopal titulaire; Ainsi Gabriel Aouad (né en 1700) fut nommé évêque titulaire d'Akka, le 2 avril 1724. (Sfeir 1994: 43) Les Maronites d'Akka, venant du Liban, s'étaient établis dans cette ville vers la fin du 17ème siècle. Parmi leurs pasteurs, il y eut le futur Patriarche Mikhael Fadel (de 1741 à 1753). Il reçut cette charge à l'âge de 21 ans, à peine après son ordination. Il fit preuve d'un zèle remaraquable, au service de la communauté Maronite. Il y construisit une église sous le patronage de la Sainte Famille, au début de 1750, probablement avec l'aide de bienfaiteurs français, comme le laisse entendre une inscription tombale : HIC JACENT OSSA J-B. LAFORCADE. Sous l'autel Saint Antoine de l'ancienne église, on retrouve une épitaphe en langue arabe, évoquant un certain dénommé Antoun, mort de la peste à l'âge de 22 ans, en 1732. L'évêque de Tyr, Choukrallah Khoury, la visita le 25 juin 1906; La visite pastorale avait duré douze jours durant lesquels il résidait chez le notable Ibrahim Nasrallah Khoury. L'évêque constata que beaucoup de maronites avaient déjà émigré vers l'Amérique; Seuls 120 fidèles étaient encore restés sur les lieux. (Harfouche Al-Machriq 1907: 822) Ils étaient au nombre de 185 à une date encore récente, et de 108 après l'installation de 80 personnes dans le village proche de Maker, il y avait juste quelques années.

         E. JISH

  9. Jish (Goush Halav) est un village proche de la frontière libanaise. Les Maronites y forment une grande paroisse qui compte 1400 fidèles. Leurs enfants y disposent d'un jardin tenu par les Sœurs Maronites de Sainte Thérèse. La construction de la nouvelle église paroissiale vient d'être achevée, sous le vocable de Notre Dame

         F. ISFYA

  10. Ce village du Mont Carmel abrite une petite paroisse de 159 fidèles dont la présence remonte au début de ce siècle. Mais y-a-t-il eu des Maronites à Isfiya, à une époque plus antérieure? En 1666, Père Francesco M. Polizzi, custode de Terre Sainte, adressait à la Congrégation de la Propagande un rapport sur les activités de la Custodie en Terre Sainte. Il y notait que Père Ludovico dell'Hospidaletto, supérieur de l'hospice d'Acre, avait découvert un village dans la montagne, à 15 milles de la ville, et dont les habitants sont tous des chrétiens Maronites, lesquels étaient privés des sacrements depuis cinq ans, suite à la fuite de leur pasteur. " J'ai aussitôt dépêché dans ce village un prêtre qui demeurait dans la Santa Casa de Nazareth. Ce prêtre familiarisé avec la langue arabe, leur administra les sacrements et en baptisa 62. Et j'ai ordonné que ce prêtre de Nazareth s'y rende chaque samedi, pour célébrer la messe le lendemain et les instruire dans la foi. Et il continuera ainsi"(Bagatti 1971: 109-110). Ce prêtre dévoué était Placido da Varallo qui vécut en Terre Sainte depuis 1636 jusqu'à la fin de ses jours. Agé de 77 ans, Il mourut de la peste à Jérusalem, le 19 juillet 1670. Le nom dudit village n'est pas précisé. Mais Père Bagatti l'identifie sans hésiter avec l'actuel Isfiya.

  11. D'après une statistique de 1922, il y avait à Isfiya seulement sept Maronites, pour 107 melkites, six latins, 6 orthodoxes et 590 druzes. (Bagatti 1971: 110) En 1971, Mgr Joseph Khoury, évêque de Tyr, posa la première pierre de l'église paroissiale dont la construction fut menée à bien grâce aux efforts tenaces du Père Salim Soussan; Son inauguration solennelle eut lieu le 23 juillet 1989, sous le vocable de Saint Charbel. Isfiya qui faisait partie jusqu'alors de la paroisse de Haifa, fut érigée à cette date, en paroisse à part entière et eut dès lors son premier curé attitré, en la personne du Père Naji Yaacoub.

         G. KFAR BAR'AM

  12. Aussi serait-il injuste de passer sous silence le village Maronite de Kfar Bar'am (Bir'im ou Ber'em). Il est situé à 3 km de la frontière israélo-libanaise. Lorsque l'évêque de Tyr, Mgr Choukrallah Khoury, effectua une visite pastorale à ce village, le 8 octobre 1906, il constata que ses habitants "étaient des gens pieux. Conservant une vie simple, ils étaient réceptifs à tout ce qu'il y a de bien et accueillaient avec une avidité et une piété extrêmes les prédications que nous leur offrions". Le village comptait alors 500 habitants environ; Originaires de Hadath Jubbé, ils s'étaient établis là depuis 200 ans. Les Soussan étaient originaires du Kessrouan; Les Makhoul Abi Safi de Kleyat Marjeyoun; Les Maroun Turquié de Rmeich; Les Hanna Moussa de 'Aytanît; Les Sarrou' de Ser'el et Qaitoulé; Les Farah de Qaouzah; Les Diab de Bethléem; D'autres sont d'origine inconnue. (Harfouche 1907: 1034; Moubarac, Pentalogie II /1 1984: 253)

  13. La veille de sa douloureuse disparition, Kfar Bar'am comptait 1050 habitants (recensement du 7 octore 1948). Le 29 octobre 1948, l'armée israélienne pénétra dans Kfar Bar'am. Une rencontre avec la population rassemblée dans l'église fut organisée. Le 31 octobre 1948, l'armée ordonna à la population de s'éloigner, dans les 48 heures à venir, à une distance de 5 km, en direction de la frontière libanaise. L'armée avait promis aux habitants qu'ils seraient de retour dans deux semaines, juste le temps du déroulement des opérations militaires à la frontière. Ils prirent cette promesse pour de l'argent comptant… Ils attendent encore aujourd'hui qu'elle soit tenue! Le 16 septembre 1953, le village fut dynamité. Les réfugiés ont dû se disperser dans Jish, Haifa et Akka. En 1985, on a retrouvé à Akka 30 personnes originaires de Kfar Bar'am. (Soussan 1986: 69; Ryan 1974: 66)

  14. On a beaucoup écrit au sujet du drame de Kfar Bar'am. Néanmoins, le récit le plus complet, avec des photocopies de documents originaux à l'appui, a été rédigé par le curé Maronite de l'époque, Père Youssef Soussan. Son œuvre de 320 pages, intitulée Mon témoignage: Chronique bar'amite 1948-1968, a été publiée en 1986.

  15. Un sort identique fut réservé au village Maronite de Mansoura dont les habitants sont toujours dispersés dans Fassouta, Eilaboun, etc. Ils suivent le rite melkite.

VII. Situation Actuelle
  1. A l'aube du troisième millénaire, la présence Maronite en Terre Sainte se présente ainsi : D'après l'Annuario Pontificio 2000 (pages 5, 6 et 296) il y a trois juridictions Maronites en Terre Sainte:

    1. Archevêché de Haifa et de Terre Sainte.
    2. Vicariat ou Exarchat patriarcal de Jérusalem et de Palestine.
    3. Vicariat ou Exarchat de Jordanie.

    Mgr Paul Sayah est actuellement titulaire de ces trois sièges. Les paroisses se répartissent comme suit :
    1. Ain Kynia : église Saint Georges.
    2. Acre et Maker : église du Rosaire.
    3. Haifa: église Saint Louis Roi.
    4. Isfiya : église Saint Charbel.
    5. Jaffa : église Saint Antoine.
    6. Jish : deux églises: Notre Dame et Saint Maroun.
    7. Nazareth : église de l'Annonciation.
    8. Jérusalem : église Saint Maroun.
    9. Bethléem : église Saint Charbel.
    10. Amman (Jordanie) : église Saint Charbel.

  1. Le diocèse résidentiel de Haifa comprend 6 paroisses desservies par 5 prêtres diocésains, deux religieux de l'Ordre Libanais Maronite et neuf Sœurs; Quatre jeunes s'y préparent au sacerdoce. Ce diocèse compte 7060 fidèles environ, ainsi répartis : 1700 à Haifa qui a recueilli un bon nombre de réfugiés de Kfar Bar'am; 1350 à Jish où se sont installés aussi des réfugiés de Kfar Bar'am; 1350 à Nazareth.

  2. Exarchat de Jérusalem : On estime le nombre de fidèles à 45 familles, soit 135 personnes, y inclus 4 familles à Bethléem, 7 à Beth Jala et deux à Beth Sahour et à Ramallah; Des Maronites se sont aussi dispersés dans Abou Dis, Beit Hanina, Sha'fat, Ar-Ram, etc.

  3. Exarchat de Jordanie : 145 familles (un millier de fidèles environ) dont quelques 15 familles à Zarka.

  4. De même, on ne peut pas occulter le rôle de l'Ordre Libanais Maronite qui depuis plus d'un siècle, est implanté à Jaffa dont il dessert la paroisse. Ainsi, c'est au 1er octobre 1982 que l'Ordre achète à Bethléem, à 170m de la grotte de la Nativité, un immeuble et le transforme en un foyer à l'usage des pèlerins, un ouvroir de couture et chapelle. A Jaffa, 50 appartements ont été construits pour faciliter le logement des familles; Le tout s'est fait sur un terrain appartenant audit Ordre.

  5. Les Sœurs Maronites de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus sont présentes en Terre Sainte depuis 1981. Arrivées à Jérusalem le 23 septembre 1981, elles prennent en main la gestion du siège du Vicariat patriarcal qui, depuis, prend le nom de Beit Mor Maroun et sert essentiellemment à accueilir des voyageurs et des pèlerins. Plus tard, des Sœurs de Sainte Thérèse s'installent dans la paroisse de Jish où elles exercent une activité apostolique appréciée. Pendant un certain temps, elles vont s'occuper du Foyer Mar Charbel à Bethléem. Enfin, en l'an 2000, leur présence au nouveau siège de l'évêché à Haifa est fortement sollicitée.

  6. Le schéma de la présence tant matérielle qu'active des chrétiens Maronites dans le pays du Christ, serait gravement incomplet sans l'évocation de la contribution remarquable mais discrète que l'église Maronite n'a jamais cessé d'apporter à la communauté catholique latine, et ceci depuis la restauration du patriarcat latin de Jérusalem en 1847. La solidarité avec l'Eglise universelle révèle l'aspect catholique de la communauté Maronite et son aptitude à l'adaptation, un de ses traits distinctifs traditionnels. (En l'an 2000 trois évêques d'origine maronite remplissent respectivement les charges de nonces apostoliques en Slovénie et en Grèce, et de vicaire apostolique latin de Beyrouth).

  7. Nous retenons le rôle modeste joué par un Joseph Kablan Dahdah qui, depuis la fondation du séminaire latin de Jérusalem en 1853, y avait enseigné la langue arabe pendant 36 ans. Nous pensons à tous les prêtres Maronites qui n'ont cessé d'assister le patriarcat latin en tant que curés de paroisse : Père Joseph Aqel, prêtre maronite qui contribua à la fondation de la paroisse latine de 'Ader (village à 7 km au Nord Est de Kérak); Son successeur Père Sim'an Boutros (vers 1925-1935); Pères Joseph Dâher (1940) et Arsénios Ghostaoui (1940); Père Choukri Srour (1883-1953) qui servit le patriarcat latin à partir de 1910 comme curé à Smakieh, Beisan, Hosn, Beit Sahour, Bourka et enfin Gaza, jusqu'à sa mort le 9 septembre 1953; Il avait acquis la réputation d'un "nouveau Vincent de Paul", ayant publié catéchisme, paroissien et manuel de gymnastique; Père Boulos, curé de Taybeh (1879); Père Ghanimeh (de 1898 à 1907); Père Alfred 'Atiyeh, curé de Gifna; Décédé en 1989, il est l'auteur de la musique du Pater en arabe, une musique universellement répandue... Actuellement, nombreux sont ceux parmi eux qui se trouvent à la tête de grandes paroisses latines.

  8. Nous pensons à la contribution de l'église Maronite à soutenir les différents instituts religieux latins, tant pour hommes que pour femmes. Nous pensons notemment au Père Doumeth, prêtre Maronite devenu dominicain, professeur d'arabe à l'Ecole Biblique dès 1890, du temps du Père Lagrange qui disait de lui: "Le R. P. Doumeth, prêtre Maronite universellement respecté à Jérusalem, avait pris l'habit de Saint Dominique à Saint-Maximin. Le Père Général voulait bien l'assigner à Jérusalem aussitôt après son année de noviciat. Il enseignait l'arabe qu'il maîtrisait très bien;" Nous avons une pensée particulière envers la congrégation indigène des Sœurs du Rosaire qui eut pour fondateur Père Youssef Tannous Yammine, descendant lointain du Maronite libanais Yammine venu d'Ehden à Nazareth en 1630. (Chomali 1992: 15)

  9. Une ère de renouveau a été ouverte ces dernières années, en faveur des Maronites de Terre Sainte. Ceci s'explique par un événement tout récent, concernant l'église catholique en Terre Sainte, et qu'on pourrait bien qualifier d'historique. Il s'agit de la création de l'archevêché Mmaronite de Haifa et Terre Sainte, et dont le nom officiel en latin est : Ptolemaidensis Maronitarum in Terra Sancta. C'était un 8 juin 1996. Jusqu'alors, le territoire du nouvel archevêché était sous la juridiction de l'archevêque Maronite de Tyr, lequel nommait un Vicaire épiscopal résidant à Haifa ou à Jaffa. La situation nouvelle ne modifie nullement le statut du Vicariat (ou Exarchat) patriarcal de Jérusalem dont la juridiction s'étend à Jérusalem même, aux territoires autonomes palestiniens et au Vicariat de Jordanie.

  10. Il est évident que la situation antérieure, due en partie à l'insécurité créée par l'état de guerre endémique dans le pays, compliquait la mission du ministère pastoral de l'évêque de Tyr auprès des fidèles de Terre Sainte. Il ne pouvait pas assurer une présence personnelle auprès d'eux quand les circonstances l'exigeaient. Visiblement, on ne pouvait plus maintenir la situation canonique du diocèse telle qu'elle fut instaurée par le bref pontifical du 26 février 1906. Plus tard, le synode de l'église Maronite et le Saint-Siège se sont rendus compte de la nécessité d'avoir un pasteur en permanence sur place, auprès de ses ouailles. Enfin, c'est ainsi qu'a été créé l'archevêché Maronite de Haifa et de Terre Sainte, le 8 juin 1996. Son premier titulaire, Mgr Paul Sayah, est une personnalité bien connue dans les milieux œcuméniques.

  11. Le 5 octobre de la même année, un décret patriarcal nommait le même prélat Exarque patriarcal de Jérusalem et de Palestine et Exarque de la Jordanie. A Amman, l'évêque a travaillé en vue de rassembler les fidèles Maronites. Il est en train de leur construire une église sous le patronage de Saint Charbel, sur un terrain offert par le roi. Depuis la création du siège archiépiscopal de Haifa et de Terre Sainte, et dès lors que le titulaire réside effectivement dans son diocèse, l'église Maronite implantée dans le " pays natal " de Jésus semble promise à une vraie renaissance. Cet éclaircissement de la situation a déjà porté des fruits immédiats.

VIII. Conclusion
  1. Au fil du temps, Mgr Sayah et ses prêtres, parviennent à insèrer le rôle de la communauté Maronite dans celui de toute l'église de Terre Sainte. C'est en fonction de cette réalité que leur contribution au synode de l'église catholique en Terre Sainte, en février 2000, a été remarquable. Bien qu'ils soient conscients de la spécificité spirituelle et culturelle de leur église, les responsables Maronites en Terre Sainte évitent tout repli sur soi, tout esprit de ghetto; Il faut dire que la longue expérience œcuménique de l'évêque y est pour beaucoup. Il ne néglige guère l'aspect " matériel " de sa charge : Il a réalisé des travaux de restauration des bâtiments du Vicariat de Jérusalem, et un étage supérieur y a vu le jour. Il a fait construire une résidence à Haifa. Toutefois il faut admettre que l'avenir de l'église Maronite en Terre Sainte n'en est pas moins fragile. Son devenir dépend essnetiellement du sort du reste des chrétiens. Le tout étant viscéralement lié au contexte régional très instable : La présence chrétienne doit y joindre le don de l'enracinement au talent de la mobilité; Elle doit faire preuve à la fois de presévérance mais aussi de souplesse; Son aptitude à l'adaptation doit l'immuniser face aux dangers des troubles politiques et économiques, comme ceux qui résultent d'une certaine recrudescence des courants fondamentalistes.

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Les articles suivants du BASLM ont été reproduits par MOUBARAC Y., Pentalogie, II/1 :
-4 (juillet 1878) Lettre du Père Marie Ratisbonne.
-50 (avril 1891) Tableau de saint Louis dans l'église saint Louis de Haifa;
-68 (oct. 1895) Lettre du patriarche Jean El Hage pour une maison maronite à Jérusalem;
-74 (avril 1897) La fête de Mar Maroun à Jérusalem;
-76 (octobre 1897) Les Maronites en Palestine;
-77 (janvier 1898) Les Maronites et les Lieux Saints;
-103 (juillet 1904) Lettre du curé de Nazareth; ibidem : Nouvelle église maronite à Jaffa.
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